Je fais partie des personnes pour qui le récit de la Passion de Jésus est trop difficile à entendre. Je ne le lisais jamais, et combien je détestais les célébrations qui précédaient la messe de Pâques à cause de cela. En fait, il était insoutenable pour moi de voir Jésus souffrir ; je L’aimais tellement et là, je Le voyais dans une telle misère… Et je ne comprenais pas que tout chrétien ne vive pas les choses comme moi.
Puis, un jour, il n’y a pas si longtemps, c’était le soir et je priais. Je parlais simplement à Jésus de tout et de rien. Et à un moment, mon regard s’est posé, comme souvent, sur l’étagère devant moi où se trouve une petite représentation de Jésus en croix. Je Le regardais, et d’un coup, j’ai compris : j’ai devant les yeux la plus grande représentation, la représentation ultime de la Gloire de Dieu. Je voyais là l’Abaissement, l’Humilité, le Dépouillement, la Miséricorde, la Compassion, l’Amour à l’état Pur. Jamais auparavant je n’avais vu la Gloire de Dieu de la sorte. Et jamais auparavant je n’avais vu Jésus en croix de la sorte. Pour moi, la Gloire de Dieu, c’était le surnaturel, les miracles, Jésus transfiguré sur le mont Thabor :
« Il fut transfiguré devant eux ; son visage resplendit comme le soleil et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière. »
Matthieu 17 : 2
Voici ce qu’était pour moi la Gloire de Dieu. Et Jésus en croix était, à mon sens, l’opposé de tout cela ; Il était tellement blessé, défiguré, souffrant. Pourtant, dans ma vie, il m’avait souvent semblé entendre Dieu me dire : « La Gloire de Dieu, c’est son Amour ». Je le croyais, bien entendu, mais je n’avais pas encore compris que Jésus en croix en était la plus grande représentation. Il me fallait pouvoir, d’une certaine manière, réconcilier la souffrance et la Gloire. Attention, non pas la souffrance pour la souffrance. Mais la souffrance par Amour.
Nous pouvons croire, comme je le croyais, que la Gloire de Dieu, ce sont ses miracles, toutes ces choses extraordinaires qu’Il fait, la Puissance, la Royauté. Et en effet, tout cela l’est aussi. Mais ça l’est parce que ça coule de son Amour. Et quel Amour est plus grand que l’Abaissement ultime de Jésus en croix, le Don parfait de sa vie, pour nous, par Amour ?
« Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. »
Jean 15 : 13
Aujourd’hui, quand je regarde Jésus en croix, je ne vois plus la souffrance, les blessures, le sang comme représentation de la misère, mais je les vois comme représentation de la Gloire, parce que produits par Amour. J’aspire alors à la même Humilité, au même Abaissement, à la même Miséricorde. J’aspire à pouvoir, comme Lui, donner ma vie sans me regarder un seul instant, mais à en faire un Don parfait, par Amour de mon prochain.
Je prie que Dieu mette en nous le même Amour, le même Don, le même détournement de nous-mêmes pour porter notre regard vers l’autre. Je prie qu’Il nous apprenne combien l’humilité et l’abaissement sont des instruments indispensables pour porter cet Amour au monde. Je prie aussi qu’Il nous réconcilie avec la souffrance qui peut apparaître sur ce chemin de l’amour, et que, comme Lui, Il nous apprenne à en faire un don pour notre prochain. Je prie pour que l’Amour de Dieu nous submerge et fasse de nous, à la suite de Jésus, des Dons parfaits par Amour pour le monde.
